Existe-t-il des contre-indications à la pratique du Qi-gong?
Comme je travaille pour la recherche scientifique et que je possède maintenant une grande expérience dans ce domaine, on me demande souvent s'il existe des contre-indications à la pratique du Qi-gong. La réponse est aisée. La pratique du Qi-gong a des racines très anciennes, qui plongent au plus profond de la civilisation chinoise. On ne le dit peut-être pas assez mais ses deux piliers principaux sont le bouddhisme et le taoïsme. Au bouddhisme, le Qi-gong a emprunté la recherche de l'immuabilité de l'esprit, de l'unité du physique et du mental, du vide. Au taoïsme, l'osmose, par le mouvement lent, avec la gravitation universelle. Le mouvement n'apparaît plus comme quelque chose de volontaire mais le fruit d'un lâcher-prise. Il obéit à la conscience, ou l'intention, et il est régi par le Qi, le "moteur immobile" de l'univers, comme l'écrivait René Guénon.
Les arts internes de la Chine, le Qi-gong parce qu'il est de loin le plus ancien ( plusieurs milliers d'années ) mais également le Tai Ji Quan (13ème siècle ) ou le Da Cheng Quan ( XXème siècle ) obéissent aux grandes lois gouvernant la vie et découvertes par les anciens Chinois. Que cela soit dans l'immobilité ou dans le mouvement, le plus important est l'harmonisation des souffles ou l'union des énergies. A cet égard, le concept de la philosophie taoïste, Wu-wei ( Non agir ) est en totale contradiction avec la pensée occidentale qui met la primauté sur l'action de la volonté. Dans la conception orientale, il faut réaliser qu'on est mû par quelque chose de plus grand que soi et s'y accorder. Cette harmonisation des souffles ou leur maîtrise, est directement à l'origine de l'efficacité de la médecine préventive des anciens Chinois, même si l'on peut aujourd'hui considérer qu'il s'adresse avant tout au système nerveux alors que la science par les plantes, développée très tôt en Inde comme en Chine, a permis de lutter contre les virus et les infections.
Dans ces conditions, très explicites dès lors qu'on a une connaissance réelle de la pensée chinoise ancienne, est contre-indiqué tout ce qui s'oppose à cet idéal d'harmonie. Inutile de préciser que cet idéal, qui donne la primauté de l'harmonisation des souffles au détriment de la force physique, est plutôt difficile à comprendre pour les occidentaux. C'est l'une des raisons qui les ont poussé à transformer les arts de l'Asie en sports ( à l'exception du Yoga ).
L'idéal en question étant la recherche de la longévité ( ou plutôt d'anti-âge ), on mettra l'accent sur la relaxation, la flexibilité, la concentration sur le point unique ( longtemps ) pour ralentir au maximum le vieillissement et entrer dans les vieux jours aussi vert que possible. Un impossible pari? Non, mon grand-père, Virgile Depoix, le doyen du journal France-Soir, y est parvenu. Mort à cent ans et six mois en 1975, il se rendait habillé de son magnifique Prince de Galles deux ou trois fois par semaine au journal, prenant métro et train car habitant en banlieue. Il faut dire que jusqu'à l'âge vénérable de quatre-vingt seize ans, il faisait quotidiennement son "poirier fourchu" ( posture de Hatha-yoga ) sur la tête pendant dix minutes. Un exercice excellent pour la vascularisation du cerveau mais qui demande beaucoup de rigueur dans son apprentissage.
Rigueur et recherche, maîtres-mots de nos disciplines internes. Rien ne laisser au hasard, tout vérifier avec sa raison! Ainsi les torsions du corps apparaissent non seulement normales mais recommandées dans des disciplines comme le Yoga, le Qi-gong et les arts martiaux. Un peu d'attention s'il vous plait: Le parapente n'est pas spécialement dangereux tant que l'on n'essaye pas de mettre la voile en torsion. Pourquoi en irait-il différemment du corps humain? Voilà un premier point pour votre jugement.
Deuxième point: La respiration est un processus naturel. Pourquoi tenter de l'inverser ou d'en modifier le cours quand on sait que la concentration sur un point unique, conjuguée à la relaxation du corps, ralentit et harmonise le rythme cardiaque?
Troisième point. Les gens veulent devenir forts. Aussi sont-ils prêts, en s'appuyant sur une volonté sans faille, à demeurer en posture des heures durant ou pratiquer incessamment pendant des heures des enchaînements de Tai Ji Quan, même effectués avec lenteur. Cette façon de faire est néfaste. Le temps obéit à la loi de la relativité. La qualité de la concentration et de la relaxation est préférable à la durée. Quand le corps sera transformé en élastique (même si cela prend des années ) vous pourrez rallonger le temps de pratique comme il vous sied. On parle beaucoup aujourd'hui des techniques anciennes de longévité mais qui les font vraiment sérieusement?. C'est comme le Tao. Déjà, Lao Tseu se plaignait plusieurs siècles avant notre ère que peu le mettaient en pratique.
Pourquoi? Parce que les hommes (pour l'instant du moins ) veulent lutter entre eux d'abord, malheureusement, et dominer la nature plutôt que de s'en faire une alliée. Le Wu-wei est bon pour la littérature taoïste mais impraticable pour notre civilisation moderne. Je n'ai pas hésité ( comme le disait le professeur Chen Man Ch'ing à son disciple Wolf Lowenthal ) à aller à contre-courant de cette conception. Ma vie a d'abord été révolutionné et puis j'ai pu venir en aide, petit à petit, à toutes sortes de public, jeunes ou très âgés, qui souffrent de problèmes liés aux systèmes musculo-squelettique, neuro-musculaire, neuro-sensoriel, etc… Si je suis à présent reconnu pour mon travail, ce qui me fait plaisir, il faut tout de même savoir que j'ai du affronter au cours de ce parcours l'ignorance et la bêtise. Unissons nos énergies pour non pas aller "Plus haut, plus vite, plus fort" mais pour vivre jusqu'au bout en essayant de conserver notre fraîcheur physique et notre lucidité!
Serge Mairet |